Elle et lui … toujours eux ou simplement elle et il …
Qui n’a jamais entendu des dizaines de proverbes et autres citations tout au long de sa vie … ces petites phrases venues d’on ne sait où et qui veulent dire n’importe quoi et son contraire. Et pourtant, il arrive parfois, un beau jour, à la suite d’une situation hasardeuse qu’un de ces proverbes prenne tout son sens dans un esprit.
Cette histoire débute 11 ans en arrière, 11 ans … 11 années … si vite passées, si courtes à l’échelle d’une vie mais si longues quand on a que 14 ans et à peine 25 au bout de cette décennie !
Lui, bon élève studieux, issu d’une famille sans histoire (en apparence en tout cas), timide, complexé et assez quelconque, tente de se fondre dans la masse pour esquiver d’éventuels problèmes et pourtant aimerait temps être remarqué et avoir le sentiment d’exister.
Elle, rayonnante lorsqu’elle marche ses cheveux au vent, extravertie, déjà l’allure et l’assurance d’une jeune femme alors qu’elle a le même âge que lui … elle attire beaucoup de convoitises mais n’en joue pas. Elle veut juste trouver un moyen de se trouver et de se faire une place dans la société.
Elle est son opposée, enfance familiale difficile en raison d’un père absent, d’un beau-père envahissant et d’une mère dépassée par les évènements et la gestion de ses cinq enfants.
Et c’est ici qu’arrive le joli proverbe : « les opposés s’attirent » mais … est-ce que deux âmes si jeunes et si tourmentées pour diverses raisons doivent se rapprocher … ensemble, vont-ils s’élever vers les sommets ou vont-ils couler ensemble vers les abimes noires et peineuses ?
La réponse à cette question n’était bien sûre pas connue à l’époque et elle ne l’est toujours pas plus au jour d’aujourd’hui … toutefois, ce n’est qu’avec le recul que l’on peut analyser les évènements passés qui ont fait notre présent et posés les marques de note futur.
Lui, dès le premier jour de la rentrée des classes, l’a remarqué … bien qu’intéressé par les filles depuis quelques années, il n’avait jamais vu quelqu’un comme elle … un ange à ses yeux … un idéal … un bonheur inaccessible …
Elle, personne ne sait réellement qu’elle fut sa première impression, il y a même de fortes chances qu’elle ne l’ait jamais remarqué d’ailleurs. Jusqu’au jour où un travail de classe en binôme brisa la glace. La mode à l’époque était d’associer les « premiers de classe » avec les « élèves du fond collés au radiateur » … Il ne remerciera jamais assez monsieur François de l’avoir mis en duo avec elle … Ce gentil prof avait-il senti quelque chose ? Voulait-il donner un coup de pouce au destin ?
Il n’aura jamais la réponse à sa question mais ce n’est pas grave car cette première rencontre, ces premiers mots échangés, ces premiers regards fuyants resteront à jamais gravés dans sa mémoire comme un des plus beaux moments de sa courte vie.
Vint ensuite le week-end ou elle et lui devaient se voir pour avancer sur leur projet. Il passa la nuit entière à stresser : attention aux réflexions des parents … pas faire ou dire de bêtises … comment s’habiller … comment agir … ??? Il ne le sut que très longtemps après mais à 30 kilomètres de là, dans une autre chambre noire, elle se posait exactement les mêmes questions …
En passant quelques étapes plus longues qu’intéressantes, on résumera en disant que le week-end se passa bien, le projet fut un succès, la complicité s’installa rapidement entre eux et une forte amitié les lia désormais. Mais plus les jours passaient et plus des sentiments naissaient dans son cœur à lui. Il aurait voulu la prendre dans ces bras, la réconforter, lui faire comprendre qu’il ne l’abandonnerait jamais et qu’il veillerait toujours sur elle … mais pourquoi prendre le risque de briser une si belle amitié pour une envie d’amour sans doute impossible .
Après coup, on pourra toutefois constater qu’il ne captait pas beaucoup de signaux positifs et que même, à cause de sa grande timidité et de son manque de confiance en soi … elle aurait pu faire tous les sous-entendus inimaginables, il n’aurait pas bougé (et même 11 ans après ce n’est toujours pas gagné …)
Puis un jour, lors d’un énième samedi ensemble sous prétexte d’un travail scolaire … elle se décida : petits mouvements tactiles, petits regards complices et fuyants … puis, en prenant tout son courage … elle prit le visage du garçon à côté d’elle entre ses mains tendres et rassurantes et déposa un baiser sur ses lèvres.
Et là, pour une des premières fois de sa vie … décida de basculer du mode passif au mode actif … il prit ses mais dans les siennes, la serra contre lui et lui rendit son baiser avec passion et tendresse. Était-ce possible ? Après tant de rêves et d’espoirs, allait-il enfin pouvoir être avec elle au grand jour et dire, face au monde entier : « c’est la fille la plus merveilleuse du monde, je l’aime et elle est avec moi ! »
Les semaines suivantes allèrent effectivement dans ce sens … les deux tourtereaux apprenaient à ce connaitre dans les bras l’un de l’autre, le monde pouvait s’écrouler et la terre s’arrêter de tourner, cela n’y changerait rien, ils étaient bien et heureux, un seul besoin, celui l’un de l’autre.
Tout allait bien dans le meilleur des mondes, quelques mois plus tard, comme dans une suite logique, ils passèrent à l’acte pour leur première fois chacun … Tous deux si maladroits et inexpérimentés mais si passionnés que ce fut merveilleux sur le plan émotionnel (seulement sur ce plan d’ailleurs, on taira le reste !)
La vie continua son petit bonhomme de chemin, deux gros caractères ensemble font forcement des étincelles et de fils en aiguilles, une rupture « inévitable » arriva. Elle et lui furent profondément affectés par cette séparation et donc, seuls, livrés à eux-mêmes, retombèrent dans leurs travers respectifs.
Elle, ne souhaitant plus faire face à tous ces problèmes insolubles, décida, par une sombre soirée, de mettre fin à tous ses problèmes et ce, définitivement, en utilisant un tube de médicaments. Heureusement pour tous, sa famille et les secours arrivèrent à temps et elle fut sauvée sans aucune séquelle à long terme. Elle resta trois jours, trois longs jours, 72 interminables heures, dans le coma …. Et durant ces trois jours, il ne bougea pas … resta à ces côtés sans la quitter une seule seconde, serrant sa main 24 heures sur 24 et priant toutes les puissances supérieures de ce monde de la ramener saine et sauve.
Les prières du garçon effondré furent donc entendues et au réveil de sa bienaimée … ils réalisèrent que la vie ne pouvait être vécue qu’ensemble et ainsi commença l’acte 2 de leur histoire.
Les choses se passèrent plus que bien durant plusieurs années : fin des études, diplômes, études supérieures, stages de fins d’études … jusqu’au jour où, pour une raison encore inconnue au jour d’aujourd’hui, peut-être simplement l’arrivée de la routine … leur relation s’arrêta pour la seconde fois.
Les rôles furent cette fois inversés, il s’enfonça dans une spirale noire, fini sa vie avec sa tendre moitié, études terminées mais pas de contrat de travail en vue, une situation familiale plus que dégradée (des parents ne s’entendant plus mais préférant rester ensemble pour le bien de leur fils … et passant leurs soirées et nuits à hurler pendant que le fils mentionné, même âgé de 22 ans, passe ces nuits en pleures ne sachant que faire)
Et le pire de tout … son meilleur ami, son ami d’enfance, avec qui il avait partagé tant de choses depuis 20 ans … quitta ce monde a même pas 20 ans à cause de cette saleté qu’on appelle le cancer. Cette putain de maladie qui évolue plus vite que les chercheurs ne trouvent de remèdes lui prit le frère qu’il n’avait jamais eu …
S’en était trop et … un soir de juin … en revenant d’une journée de stage … en une fraction de seconde … décida d’en finir … et jeta sa voiture lancée à vive allure contre une barrière en béton … plus besoin de lutter contre cette vie sans but … tout allait s’arranger.
Mais une nouvelle fois, les puissances supérieures en décidèrent autrement … il fut miraculé (aux dires des pompiers qui l’extirpèrent inconscient de sa voiture à l’aide de scies hydrauliques). Il se réveilla dans un lit d’hôpital, avec des fractures sur l’ensemble du corps … mais il sentait encore une chose … c’était la chaleur d’une main dans la sienne, tout comme il entendait le son de sanglots parvenir à ses oreilles.
Au final, elle était là pour lui … comme il avait été là pour elle … ils réalisèrent une nouvelle fois que leur vie sans la présence de l’autre, ne pourrait pas être vécue. Ce fût le début de l’acte 3 …
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